Contemplation

En ces temps de confinement, je me permets de vous soumettre quelques pensées. À l’heure où nos sens vivent des jours corsetés, se rappeler à leur souvenir peut les raviver, le temps d’un instant. Je vous propose donc un modeste, et tout subjectif, éloge des sensations.

Je voudrais contempler la vie,

Qu’il s’agisse d’un pont reflété sur le lit de la rivière, de ce bleu jaillissant, étincelant de lumière. Toutes ces variations colorimétriques flattant notre œil affuté. Ou encore le vert saturé d’une forêt, si palpable qu’il en devient mystique. Le rose, le bleu, le violet, mirifiques pâleurs d’un ciel, au soleil reposant sur la plage comme sur la montagne. Ses tonalités qui apaisent et galvanisent mon cœur. L’esthétisme, aussi, d’immeubles aux vitres de glace et aux contours métalliques, collines anthracite et scintillantes.

Admirer les visages.

Les innombrables expressions vivifiant vos frimousses. Les multiples grains de peau. Les ridules à l’encolure des yeux, à l’extrémité des lèvres ou sur le front. Le sourire de mes ami.e.s. Tous les sourires. Les regards, ce qu’ils ont d’imperceptible et de pénétrable. L’infinité de couleurs et de nuances dans vos iris, aussi diversifiée qu’il y a d’humains. Les traits communs, et ceux qui nous rendent curieusement uniques.

Peut-on contempler les odeurs, et les sons ?

Si oui, je le ferai.

M’ébaudir des éclats de rire. Des bisous lancés à la volée, des pas nonchalants, du bruit langoureux, spumeux des vagues à mes côtés. Des notes de sitar et des hululements enivrants de mariages ottomans. Du chant des oiseaux, et de celui des voix graves, torturées, ou empruntes de légèreté. Des sonorités variées d’un peu partout sur notre terre. Du souffle d’un yogi ou de celui d’une personne qui jouit. De l’écho d’un cœur battant.

Que mes lèvres goûtent tantôt un ramen, tantôt des lasagnes. Qu’elles effleurent une orange ou une pastèque. M’extasier, aussi, de sentir doucettement fondre le chocolat dans ma bouche, bloquer le carré à l’aide de mon palais, pour en faire dégorger tous les arômes. Laisser couler au fond de ma gorge les saveurs du café. Glisser ma langue dans le cou sucré de l’être aimé.

Que mes narines s’émerveillent au contact de champignons moussus, du bois mouillé, de la tarte à la tomate, de la pluie en été, de l’herbe fraîchement coupée, du musc blanc, de l’ambre et du cèdre, de l’odeur de peinture fraîche, de la coriandre ou du lilas. Des parfums artificiels et des odeurs naturelles, celles du corporel, aussi. Humer la peau, les cheveux ou la barbe de ceux que j’aime. Les feux de cheminées, les odeurs d’essence et de fumées. Enfouir mon nez dans les prés, et sentir la mer, de pas trop près.

Vénérer le sable sous mes pieds. Sa chaleur toujours accueillante. Les tendres ou euphoriques étreintes. La touffeur de l’été et la délicate sensation d’une neige moelleuse courant sur mes joues. Ses mains dans les miennes. Absorber la splendeur de ces instants. Ses lèvres contre les miennes, dans un baiser si doux qu’il prend des allures de songe.

Je voudrais contempler, à jamais, cette rêverie non fantasmée qu’est la beauté. Vivre, c’est se nourrir de simplicité, la remercier, l’honorer. Lorsque je me sens esseulée, dans les périodes de rupture ou de deuil, je force mon esprit à l’optimisme. Le principe est simple : avant de dormir, je tente d’élire trois choses appréciables dans ma journée. Aujourd’hui, ce fut mon heure de yoga, à la source de jolies sensations ; un oiseau aperçu sur mon balcon, dissimulant précautionneusement une petite cacahuète dans le bac à légumes et l’écriture de cette lettre, qui je l’espère, vous décrochera un sourire.

Mais dites-moi, que choisirez-vous ?

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