Calvitie

Il était beau, il le savait.

Depuis sa plus tendre enfance, on lui rabâchait.

Mais alors qu’à l’âge où il aurait dû briller,

Être au sommet,

Sur son crâne apparurent des taches blanches.

Ses cheveux ne formaient plus cette barrière étanche.

Il les perdait,

Sans qu’aucun d’eux ne daignent repousser.

 

On était capable d’aller sur la lune.

On pouvait aussi faire le tour du monde en trois jours pour un paquet de tunes.

On avait escaladé les plus hautes montagnes.

On avait pourri l’environnement jusqu’au pays de Cocagne.

On savait lire dans tes pensées,

Grâce à des informations que tu avais toi-même donné.

Mais on n’avait pas trouvé de remède à la calvitie.

C’était même le moindre ne nos soucis.

 

Lui, se trouvait effaré par cet état de fait.

C’était toute son existence qui s’effondrait.

On ne lui renvoyait plus sa splendeur démesurée.

Cette période n’était qu’un souvenir passé.

Mais il ne s’en résignait pas pour autant.

Il était têtu comme le vent.

Des années durant, il dédie son existence à solutionner cette perte intense

Et puis, il a finalement trouvé : prendre des œstrogènes à outrance.

 

Lorsque de fines mèches recommencèrent à pousser,

Il ne put s’empêcher de laisser sa joie exploser.

Son entourage en fut d’abord ravi,

Voyant qu’il retrouvait son âme d’homme accomplit.

Puis, le temps passant, on lui conseilla d’arrêter.

Il avait à nouveau le cuir chevelu gâté.

Mais ça ne lui suffisait plus,

Il souhaitait que ce soit toujours davantage touffu.

 

Sa tignasse était devenue dorée,

Et la longueur de ses cheveux s’allongeait de façon exagérée.

Sa poitrine aussi, était désormais parsemée :

Deux petites protubérances bombées pointaient le bout de leur nez.

Ses proches ne le reconnaissaient pas,

Ses parents en restaient pantois.

Après moult questionnements, où l’on pensait à sa place ce qui était bon pour lui,

On décida qu’il fallait l’enfermer, pour le protéger du regard d’autrui.

 

Il fut transporté dans cette tour,

Sans comprendre pourquoi on le rejetait sans détour.

Avec pour seul réconfort sa crinière moirée,

Il se mit à démesurément la choyer.

Elle ne faisait que grandir,

Imperméable aux aléas saisonniers et aux dires.

Elle s’étendait en longs fils étincelants,

Trouvant apogée à quelques mètres de son corps latent.

 

Il resta ainsi durant plusieurs années,

Visité parfois par son entourage tant aimé.

On tentait de le faire changer,

Lui, ne souhaitait pas s’immoler.

Même s’il vivait désormais reclus.

Il n’aurait pour rien au monde revêtu ce que précédemment, il fut.

Il avait trouvé dans quelle enveloppe il se sentait lui-même,

Aucune raison d’en faire un véritable problème.

 

Il ne pouvait pourtant pas lutter,

Il devait continuer à vivre durement séquestré.

Le 23 novembre 2018.

Son âme prit soudainement la fuite.

Son corps, resté inerte dans sa salle de bain,

Ne fut retrouvé que le lendemain matin.

On eut de la peine pour cette vie trop vite arrachée,

Sans même mesurer que chacun, dans sa mort, avait une part de responsabilité.

 

Il s’éteint, avec pour seul crime d’avoir enfreint une règle impensable

Avoir assurément préféré à sa masculinité, un corps aux formes vulnérables.

De cette histoire, le temps passant, on ne retiendra qu’une chose :

Rapunzel était une très belle femme, douce comme un pétale de rose.

Ses cheveux, semblables à une éternelle cascade dorée,

S’échouait sur le sol de la tour qui l’emprisonnait.

En revanche, on taira les raisons qui l’avait incarcérée.

Car il est plus aisé de mettre en lumière les conséquences que les causes.

Ce subterfuge privilégie à l’évolution des pensées, leur insidieuse nécrose.

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